Premières lignes #19

Ami.e.s lecteur.ice.s, bonjour/bonsoir, j’espère que vous allez bien !

Cette semaine, je vous partage les premières lignes d’un roman qui traîne dans ma pile à lire et que je suis impatiente de lire. Sur ce, je ne vous en dis pas plus et je vous souhaite une bonne lecture…

Premières lignes est un rendez-vous littéraire instauré par le blog Ma Lecturotèque.

Premières lignes :

« Je m’appelle Claudine, j’habite Montigny ; j’y suis née en 1884 ; probablement je n’y mourrai pas.

Mon Manuel de géographie départementale s’exprime ainsi : « Montigny-en-Fresnois, jolie petite ville de 1950 habitants, construite en amphithéâtre sur la Thaize ; on y admire une tour sarrasine bien conservée… » Moi, ça ne me dit rien du tout, ces descriptions-là !

D’abord, il n’y a pas de Thaize ; je sais bien qu’elle est censée traverser des prés au-dessous du passage à niveau ; mais en aucune saison vous n’y trouveriez de quoi laver les pattes d’un moineau. Montigny construit « en amphithéâtre » ? Non, je ne le vois pas ainsi ; à ma manière, c’est des maisons qui dégringolent, depuis le haut de la colline jusqu’en bas de la vallée ; ça s’étage en escalier au-dessous d’un gros château, rebâti sous Louis XV et déjà plus délabré que la tour sarrasine, épaisse, basse, toute gainée de lierre, qui s’effrite par en haut, un petit peu chaque jour. C’est un village, et pas une ville ; les rues, grâce au ciel, ne sont pas pavées ; les averses y roulent en petits torrents, secs au bout de deux heures ; c’est un village, pas très joli même, et que pourtant j’adore. Le charme, le délice de ce pays fait de collines et de vallées si étroites que quelques-unes sont des ravins, c’est les bois, les bois profonds et envahisseurs, qui moutonnent et ondulent jusque là-bas, aussi loin qu’on peut voir… Des prés verts les trouent par places, de petites cultures aussi, pas grand-chose, les bois superbes dévorant tout. De sorte que cette belle contrée est affreusement pauvre, avec ses quelques fermes disséminées, si peu nombreuses, juste ce qu’il faut de toits rouges pour faire valoir le vert velouté des bois.

Chers bois ! Je les connais tous ; je les ai battus si souvent. Il y a les bois-taillis, des arbustes qui vous agrippent méchamment la figure au passage, ceux-là sont pleins de soleil, de fraises, de muguet, et aussi de serpents. J’y ai tressailli de frayeurs suffocantes à voir glisser devant mes pieds ces atroces petits corps lisses et froids ; vingt fois je me suis arrêtée, haletante, en trouvant sous ma main, près de la « passe-rose », une couleuvre bien sage, roulée en colimaçon régulièrement, sa tête en dessus, ses petits yeux dorés me regardant ; ce n’était pas dangereux, mais quelles terreurs ! Tant pis, je finis toujours par y retourner seule ou avec des camarades ; plutôt seule, parce que ces petites grandes filles m’agacent, ça a peur de se déchirer aux ronces, ça a peur des petites bêtes, des chenilles veloutées et des araignées des bruyères, si jolies, rondes et roses comme des perles, ça crie, c’est fatigué — insupportables enfin. »

Claudine à l’école – Colette, 1900

Le synopsis de l’éditeur :

« Un titre bien sage pour un roman qui l’est moins. Claudine le reconnaît : « Vrai, cette école n’est pas banale ! » Comment pourrait-elle l’être ? Les élèves ont des personnalités peu communes : la grande Anaïs, que Claudine qualifie de menteuse, filouteuse, flagorneuse, traîtresse, possède en outre « une véritable science du comique » ; les Jaubert sont agaçantes à force de sagesse ; Marie Belhomme, « bébête, mais si gaie » ; Luce, charmeuse autant que sournoise ; et les autres, « c’est le vil peuple ». Quant aux maîtresses… Mlle Sergent, « la rousse bien faite », aussi intelligente que laide, est tout yeux pour son assistante, Mlle Aimée, la bien nommée. Ajoutez les instituteurs des garçons, le pâle Duplessis et le vaniteux Rabastens, le médecin scolaire, le Dr Dutertre, aux dents de loup, qui aime s’attarder auprès des grandes… et vous obtenez un mélange détonant. Pour parfaire l’ensemble, c’est une Claudine débordante de vitalité, excessive dans ses élans, qui mène la ronde. »

L’autrice :

Colette, de son vrai nom Sidonie-Gabrielle Colette, est une romancière, qui fut aussi mime, actrice et journaliste.

Elle était encore adolescente lorsqu’elle rencontre son premier mari Henry Gauthier-Villars (1859-1931), plus connu sous le pseudonyme de Willy. C’est lui qui introduit Colette dans les cercles mondains et littéraires de la capitale où sa beauté et son esprit font merveille. Il l’incite à écrire ses souvenirs d’école au travers de son premier roman « Claudine à l’école » (1900), qui paraît sous la signature de Willy. Ce texte rencontre un tel succès qu’il est à l’origine d’un type littéraire et engendre une suite en trois volumes. Il faut attendre 1905 pour qu’elle publie son premier roman en son nom : « Dialogues de bête », mettant fin à son mariage. Plus tard, ayant récupéré les droits des « Claudine », Colette écrira « La Maison de Claudine » (1922), un recueil de souvenirs sur son enfance.

Par la suite, Colette se fait actrice dans des pantomimes dont beaucoup font scandale, car elle n’y paraît non pas nue, contrairement à la légende, mais moulée dans un maillot couleur chair qui fait parfaitement illusion. En outre, elle se met en ménage avec une lesbienne célèbre, Mathilde de Morny, surnommée « Missy », fille du duc de Morny et de la princesse Troubetzkoï. Remariée en 1912 avec Henri de Jouvenel, qui lui donnera une fille, Bel Gazou, Colette entre au « Matin » et continue à écrire. À plus de quarante ans, alors que son mari la trompe, elle couche avec le fils de son époux, Bertrand de Jouvenel, qui a alors seize ans. Cette relation, qui dure cinq années, nourrit les thèmes et les situations dans « Le Blé en herbe » (1923). En 1945, Colette est élue à l’unanimité à l’académie Goncourt, dont elle devient présidente en 1949. Elle finit ses jours à Paris, le 3 août 1954, auprès de son troisième et dernier mari, Maurice Goudeket.

Vous souhaitez découvrir plus d’articles sur les premières lignes de livres divers et variés ? Voici la liste des blogueurs et blogueuses qui participent à ce rendez-vous livresque :

• Lady Butterfly & Co
• Cœur d’encre
• Ladiescolocblog
• Aliehobbies
• À vos crimes
• Le parfum des mots
• Ju lit les mots
• Voyages de K
• Prête-moi ta plume
• Les paravers de Millina
• sir this and lady that
• 4e de couverture
• Les lectures de Marinette
• Chat’pitre
• Les Lectures d’Emy
• Critiques d’une lectrice assidue

Valériane, alias filledepapiers🤍


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