Premières lignes #21

Ami.e.s lecteur.ice.s, bonjour/bonsoir, j’espère que vous allez bien !

Aujourd’hui, je vous partage les premières lignes d’une nouvelle que j’ai lue dans le cadre de mes études et que j’ai grandement appréciée.

D’ailleurs, je profite de cet article pour vous tenir au courant : je pars en vacances alors, notre petit rendez-vous reprendra le 25 juillet ! Toutefois, vous retrouverez des articles programmés le vendredi jusqu’à mon retour 😉

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture…

Premières lignes est un rendez-vous littéraire instauré par le blog Ma Lecturotèque.

Premières lignes :

« J’avais toujours soupçonné les géographes de ne savoir ce qu’ils disent lorsqu’ils placent le champ de bataille de Munda dans le pays des Bastuli-Poeni, près de la moderne Monda, à quelque deux lieues au nord de Marbella. D’après mes propres conjectures sur le texte de l’anonyme, auteur du Bellum Hispaniense, et quelques renseignements recueillis dans l’excellente bibliothèque du duc d’Osuna, je pensais qu’il fallait chercher aux environs de Montilla le lieu mémorable où, pour la dernière fois, César joua quitte ou double contre les champions de la république. Me trouvant en Andalousie au commencement de l’automne de 1830, je fis une assez longue excursion pour éclaircir les doutes qui me restaient encore. Un mémoire que je publierai prochainement ne laissera plus, je l’espère, aucune incertitude dans l’esprit de tous les archéologues de bonne foi. En attendant que ma dissertation résolve enfin le problème géographique qui tient toute l’Europe savante en suspens, je veux vous raconter une petite histoire; elle ne préjuge rien sur l’intéressante question de l’emplacement de Munda.

J’avais loué à Cordoue un guide et deux chevaux, et m’étais mis en campagne avec les Commentaires de César et quelques chemises pour tout bagage. Certain jour, errant dans la partie élevée de la plaine de Cachena, harassé de fatigue, mourant de soif, brûlé par un soleil de plomb, je donnais au diable de bon cœur César et les fils de Pompée, lorsque j’aperçus, assez loin du sentier que je suivais, une petite pelouse verte parsemée de joncs et de roseaux. Cela m’annonçait le voisinage d’une source. En effet, en m’approchant, je vis que la prétendue pelouse était un marécage où se perdait un ruisseau, sortant, comme il semblait, d’une gorge étroite entre deux hauts contreforts de la sierra de Cabra. Je conclus qu’en remontant je trouverais de l’eau plus fraîche, moins de sangsues et de grenouilles, et peut-être un peu d’ombre au milieu des rochers. À l’entrée de la gorge, mon cheval hennit, et un autre cheval, que je ne voyais pas, lui répondait aussitôt. À peine eus-je fait une centaine de pas, que la gorge, s’élargissant tout à coup, me montra une espèce de cirque naturel parfaitement ombragé par la hauteur des escarpements qui l’entouraient. Il était impossible de rencontrer un lieu qui promit au voyageur une halte plus agréable. Au pied des rochers à pic, la source s’élançait en bouillonnant, et tombait dans un petit bassin tapissé d’un sable blanc comme la neige. Cinq à six beaux chênes verts, toujours à l’abri du vent et rafraîchis par la source, s’élevaient sur ses bords, et la couvraient de leur épais ombrage ; enfin, autour du bassin, une herbe fine, lustrée, offrait un lit meilleur qu’on n’en eût trouvé dans aucune auberge à dix lieues à la ronde. »

 Carmen – Prosper Mérimée, 1845

Le synopsis de l’éditeur :

« Carmen, histoire espagnole? Pas dans l’esprit de Mérimée, qui contourne avec ironie l’hispanisme castillan des romantiques et montre les confins de la péninsule: en Andalousie, entre Séville et Gibraltar, l’amour fou d’un Basque déraciné pour une enfant de Bohème, sans patrie ni attaches. Passion des extrêmes : José, brigadier-brigand, et Carmen, actrice aux visages multiples.
Passion pour la liberté, qui en cache une autre, plus profonde, que révèle cette nouvelle édition critique. L’étrange fascination qu’éprouve aussi pour Carmen le narrateur, personnage oublié dans l’opéra de Bizet et que le mythe a du coup délaissé: un savant français, captivé par les sortilèges de cette femme qui parle une langue brûlante et brutale qu’il ne comprend pas. Carmen, incarnation de la littérature, magique et fatale? Si c’était cette autre histoire d’amour, cette corrida de mots cachée au cœur du texte, qui donnait au récit de la vie et de la mise à mort de Carmen sa vraie universalité ? »

L’auteur :

Prosper Mérimée est un écrivain, historien et archéologue français. Né en 1803 de peintres de talent, il est élevé dans un milieu bourgeois et artistique et il fréquente les salons littéraires. Il y rencontre Victor Hugo, Alfred de Musset ou encore Stendhal dont il s’inspire souvent. Il est aussi connu pour une célèbre dictée, d’une extrême difficulté, qu’il écrit pour distraire la cour de l’Impératrice et de Napoléon III, et pour ses dessins. En 1844, il est élu membre de l’Académie française au fauteuil de Charles Nodier. Puis, il se ralliera à l’Empire, deviendra historien, traduira la littérature russe, se réfugiera à Cannes à la fin de sa vie et décèdera en 1870.

Vous souhaitez découvrir plus d’articles sur les premières lignes de livres divers et variés ? Voici la liste des blogueurs et blogueuses qui participent à ce rendez-vous livresque :

• Lady Butterfly & Co
• Cœur d’encre
• Ladiescolocblog
• Aliehobbies
• À vos crimes
• Le parfum des mots
• Ju lit les mots
• Voyages de K
• Prête-moi ta plume
• Les paravers de Millina
• sir this and lady that
• 4e de couverture
• Les lectures de Marinette
• Chat’pitre
• Les Lectures d’Emy
• Critiques d’une lectrice assidue

Valériane, alias filledepapiers🤍


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s