Premières lignes #20

Ami.e.s lecteur.ice.s, bonjour/bonsoir, j’espère que vous allez bien !

Aujourd’hui, je vous fait découvrir les premières lignes d’un roman que j’ai lu dans le cadre de ma licence et que j’ai apprécié. Sur ce, je ne vous en dis pas plus et je vous souhaite une bonne lecture…

Premières lignes est un rendez-vous littéraire instauré par le blog Ma Lecturotèque.

Premières lignes :

« Je décide le titre définitif et complet de mon blablabla est Allah n’est pas obligé d’être juste dans toutes ses choses ici-bas. Voilà. Je commence à conter mes salades.

Et d’abord…et un…M’appelle Birahima. Suis p’tit nègre. Pas parce que suis black et gosse. Non ! Mais suis p’tit nègre parce que je parle mal le français. C’é comme ça. Même si on est grand, même vieux, même arabe, chinois, blanc, russe, même américain ; si on parle mal le français, on dit on parle p’tit nègre quand même. Ca c’est la loi du français de tous les jours qui veut ça.

… Et deux… Mon école n’est pas arrivée très loin ; j’ai coupé cours élémentaire deux. J’ai quitté le banc parce que tout le monde a dit que l’école ne vaut plus rien, même pas le pet d’une vieille grand-mère.(C’est comme ça on dit en nègre noir africain indigène quand une chose ne vaut rien. On dit que ça vaut pas le pet d’une vieille grand-mère parce que le pet de la grand-mère foutue et malingre ne fait pas de bruit et ne sent pas très, très mauvais.) L’école ne vaut pas le pet de la grand-mère parce que, même avec la licence de l’université, on n’est pas fichu d’être infirmier ou instituteur dans une des républiques bananières corrompues de l’Afrique francophone. (République bananière signifie apparemment démocratique, en fait régie par des intérêts privés, la corruption.) Mais fréquenter jusqu’à cours élémentaire deux n’est pas forcément autonome et mirifique. On connaît un peu, mais pas assez ; on ressemble à ce que les nègres noirs africains indigènes appellent une galette aux deux faces braisées. On n’est plus villageois, sauvages comme les autres noirs nègres africains indigènes : on entend et comprend les noirs civilisés et les toubabs sauf les Anglais comme les Américains noirs du Liberia. Mais on ignore géographie, grammaire, conjugaisons, divisions et rédaction ; on n’est pas fichu de gagner l’argent facilement comme agent de l’État dans une république foutue et corrompue comme en Guinée, en Côte-d’Ivoire, etc., etc.

… Et trois… suis insolent, incorrect comme barbe d’un bouc et parle comme un salopard. Je dis pas comme les nègres noirs africains indigènes bien cravatés : merde ! Putain ! Salaud ! J’emploie les mots malinkés comme faforo ! (Faforo ! signifie sexe de mon père ou du père ou de ton père.) Comme gnamokodé ! (Gnamokodé ! signifie bâtard ou bâtardise.) Comme Walahé ! (Walahé ! signifie Au nom d’Allah.) Les Malinkés, c’est ma race à moi. C’est la sorte de nègres noirs africains indigènes qui sont nombreux au nord de la Côte-d’Ivoire, en Guinée et dans d’autres républiques bananières et foutues comme Gambie, Sierra Leone et Sénégal là-bas, etc. »

 Allah n’est pas obligé – Ahmadou Kourouma, 2000

Le synopsis de l’éditeur :

« Kalachnikov en bandoulière, Birahima tue des gens pour gagner sa vie. Pas plus haut que le stick d’un officier, cet enfant-soldat du Liberia raconte. L’errance, la guerre, les pillages, les massacres, les copains qui tombent sous les balles… Témoin lucide et fataliste, il nous offre l’image terrifiante d’une Afrique qui sacrifie ses enfants. »

L’auteur :

Ahmadou Kourouma est né en 1927 en Côte d’Ivoire et mort en 2003 à Lyon. Étudiant, ses activités politiques lui valent d’être enrôlé de force dans le corps expéditionnaire français en Indochine. Après les indépendances, son opposition au régime de parti unique de Houphouët Boigny l’éloigne à nouveau de son pays. Il est devenu l’un des écrivains les plus renommés du continent africain depuis Les Soleils des indépendances (1970), jusqu’à la consécration par le prix du Livre Inter en 1999 pour En attendant le vote des bêtes sauvages et le prix Renaudot 2000 pour Allah n’est pas obligé. Enfin, le Grand Prix Jean Giono, pour l’ensemble de son œuvre, lui a été décerné en 2000.

Vous souhaitez découvrir plus d’articles sur les premières lignes de livres divers et variés ? Voici la liste des blogueurs et blogueuses qui participent à ce rendez-vous livresque :

• Lady Butterfly & Co
• Cœur d’encre
• Ladiescolocblog
• Aliehobbies
• À vos crimes
• Le parfum des mots
• Ju lit les mots
• Voyages de K
• Prête-moi ta plume
• Les paravers de Millina
• sir this and lady that
• 4e de couverture
• Les lectures de Marinette
• Chat’pitre
• Les Lectures d’Emy
• Critiques d’une lectrice assidue

Valériane, alias filledepapiers🤍


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